Lors d’une conférence tenue à la Haute École Louvain en Hainaut de Tournai, la journaliste indépendante Stéphanie Grosjean a présenté les défis du journalisme. En s’appuyant sur son expérience, elle a expliqué comment la précarité, la surcharge de travail et les crises économiques fragilisent la profession, tout en soulignant l’importance de se renouveler.
La fragilisation du métier : précarité et surcharge de travail
Stéphanie Grosjean a d’abord rappelé que la crise financière de 2008 a bouleversé la presse magazine. Les annonceurs ont réduit leurs investissements publicitaires, entrainant une chute des revenus et une baisse des tarifs pour les journalistes. Devenue indépendante en 2011, elle a dû multiplier les collaborations et écrire énormément pour maintenir un revenu correct. Cette précarité est devenue une réalité pour de nombreux journalistes, contraints de jongler entre différents projets pour payer leurs factures. Elle a confié « J’ai voulu remettre en question mon métier, non pas que je ne voulais plus être journaliste, mais je n’y arrivais plus. Avec mes collègues, nous étions plusieurs à souffrir. ».
Se réinventer face aux crises
Pour Stéphanie Grosjean, ces difficultés montrent la nécessité de repenser certaines pratiques. Elle estime que le modèle traditionnel, fondé sur l’objectivité et la distance, a atteint ses limites, car il est impossible d’être totalement insensible aux sujets traités. Elle défend un journalisme plus incarné, où la subjectivité est assumée tout en respectant la déontologie. Elle souligne également l’importance de formats créant un lien plus direct avec le public, comme le podcast, afin de rendre les sujets plus accessibles. « Je me suis souvent sentie seule et à l’écart de la norme médiatique », confie-t-elle, illustrant les défis rencontrés pour trouver sa place dans ce nouveau modèle.
Le journalisme constructif comme réponse
Elle explique aussi qu’au-delà des formats, c’est la posture journalistique qui doit évoluer. Elle observe que les médias traditionnels, souvent centrés sur des contenus anxiogènes, alimentent la méfiance du public. Elle propose le journalisme constructif qui présente les faits et offre des pistes d’action et des solutions. Il permet également d’aborder des sujets plus sensibles, comme la violence ou l’écologie. « Au lieu de n’exposer que les problèmes, il faut aussi poser la question : et maintenant, comment on fait ? » explique-t-elle. Elle ajoute : « Je me sens responsable de traiter ce type de sujet et je suis frustrée que les médias traditionnels ne suivent pas davantage ». Cette méthode permet de créer un lien plus intime avec l’audience et rendre l’information plus utile et engageante. Entre difficultés et innovation, le journalisme cherche aujourd’hui un nouvel équilibre, être capable de redonner du sens à l’information et de restaurer la confiance dans la société.
-Léa Brunebarbe