Pendant des décennies, le marché d’Erquelinnes a rythmé la vie commerciale et sociale de la commune. Il constituait un rendez-vous incontournable où les habitants pouvaient faire leurs courses tout en profitant d’un moment de rencontre. Aujourd’hui, ce marché autrefois très vivant semble peu à peu s’essouffler. Pour comprendre ce déclin, j’ai rencontré Rose-Line Roland, 54 ans, habitante d’Erquelinnes depuis sa naissance et habituée du marché depuis son enfance.
Depuis quand fréquentez-vous le marché et comment vos habitudes ont-elles évolué au fil du temps ?
Je fréquente le marché d’Erquelinnes depuis mon enfance. J’y allais chaque semaine avec ma grand-mère. C’était un rituel important pour elle, puisque cela permettait de soutenir les petits commerçants, d’acheter des produits variés et locaux, mais aussi de passer du temps en famille. En grandissant, j’ai gardé cette habitude et j’y suis ensuite allée avec mes propres enfants. Cependant, depuis quelques années, je m’y rends beaucoup moins régulièrement. Le marché n’a plus la même ambiance ni la même utilité qu’avant. On ne peut plus y faire toutes ses courses comme autrefois et on sent qu’il s’est appauvri.
Qu’est-ce qui a le plus changé sur le marché ces dernières années, selon vous ?
Le changement le plus frappant, c’est la disparition progressive du nombre de commerçants alimentaires. Avant, il y avait plusieurs bouchers, fromagers et marchands de fruits et légumes. Aujourd’hui, il n’en reste que quelques-uns à peine. À l’inverse, on voit beaucoup plus de vendeurs de vêtements et d’objets à bas prix, souvent de mauvaise qualité. De plus, la majorité des produits proposés ne sont même plus locaux ou artisanaux, ce qui enlève beaucoup de charme au marché. J’ai remarqué que c’est également le cas dans d’autres marchés de la région. En revanche, lorsque je visite des marchés en vacances, dans de petits villages en France, par exemple, la différence est flagrante. On y retrouve des artisans, des produits locaux et très variés, et il y a beaucoup de monde. À Erquelinnes, ce n’est plus vraiment le cas depuis quelques
années.
Pensez-vous que les prix et la concurrence des supermarchés jouent un rôle dans ce déclin ?
Oui, en partie. Pour certains produits, comme les légumes, les prix du marché restent raisonnables. Cependant, pour d’autres articles, notamment les vêtements, la qualité ne correspond pas toujours au prix demandé et il y a moins de diversité qu’en magasin. Les supermarchés et même les centres commerciaux sont devenus plus pratiques, car on peut y trouver tout au même endroit. C’est aussi plus rapide, car tout le monde n’a pas le temps d’aller au marché en semaine et il est plus facile de comparer les prix, ce qui est un avantage avec l’inflation. Pour beaucoup de personnes, cela simplifie fortement les courses au quotidien.
Avez-vous constaté une baisse de fréquentation ou un changement dans le profil du public
?
Oui, j’ai vraiment remarqué une baisse de fréquentation et un changement dans le public. Autrefois, il y avait beaucoup de personnes âgées et des familles, qui formaient une grande partie de la clientèle. Aujourd’hui, elles sont nettement moins présentes. J’ai l’impression qu’il y a maintenant davantage de personnes au budget plus limité, qui viennent plus pour les vêtements et les articles bon marché que pour les produits alimentaires. De plus, j’ai remarqué que les visiteurs des villages voisins ne se déplacent plus vraiment non plus. Le marché attire surtout, encore, quelques habitants d’Erquelinnes même. On sent aussi que le marché n’a plus le même rôle social. Les gens y passent moins de temps et ne le considèrent plus comme un lieu de sortie et de rencontre. Je pense que cette diminution progressive du public décourage certains commerçants, qui n’ont plus d’intérêt à venir, et moins ils viennent, moins les visiteurs se déplacent. C’est un cercle vicieux qui contribue à ce déclin.
Selon vous, le marché répond-il encore aux besoins quotidiens des habitants ?
Je pense que le marché répond de moins en moins aux besoins des habitants, surtout parce qu’il a perdu ce qui faisait sa force, c’est-à-dire la qualité et la diversité de son offre. Aujourd’hui, il reste très peu de marchands alimentaires, ce qui ne permet plus de faire de vraies courses comme autrefois. On ne retrouve plus les produits qui faisaient l’identité du marché, comme les poulets rôtis, les fromages ou les spécialités artisanales. Je pense que le marché peut garder un côté agréable pour se promener, mais ce n’est plus forcément ce que les gens cherchent. Les visiteurs ne peuvent plus y trouver l’essentiel, et cela finit par les détourner du marché. C’est cette perte de fonction et la concurrence avec les magasins, qui contribuent à ce déclin.
Pensez-vous que le marché d’Erquelinnes pourrait disparaitre complètement dans les prochaines années ?
C’est possible, oui. Quand on voit le nombre de commerçants qui diminue d’année en année, on se dit que le marché pourrait finir par disparaitre. Si l’offre continue de se réduire et qu’il ne reste plus que quelques stands de vêtements ou d’objets sans grand intérêt, les habitants n’auront vraiment plus de raison de s’y rendre. On sent déjà qu’il s’éteint petit à petit. À ce rythme-là, il pourrait très bien disparaitre dans les prochaines années.
À Erquelinnes, l’avenir du marché semble incertain. Entre concurrence des grandes surfaces, évolution des habitudes de consommation des habitants et perte d’authenticité, il peine à retrouver la place centrale qu’il occupait autrefois.
-Léa Brunebarbe